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Histoire du Musée de l’Homme

2007

Ce contenu n’a pas encore été intégré sur le nouveau site du Musée de l’Homme.

INTERVENTIONS

→ Conception éditoriale (sur la période 1635-1937)
→ Rédaction
→ Iconographie

CLIENT

Musée de l’Homme

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PROJET

Création d’un module multimédia pour le site du Musée de l’Homme retraçant, au travers de dizaine de documents souvent inédits, les grandes découvertes scientifiques, les explorations et la découverte de l’Humanité par elle-même, l’histoire naturelle de l’Homme, l’anatomie, l’anthropologie ainsi que les figures tutélaires de l’institution.

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EN COMPAGNIE

Stéphanie Targui (MNHN)
Marie Merlin (Musée de l’Homme)
Réalisation : Agence Minit-L

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UN EXEMPLE DE TEXTE

Races : la mise au point sociologique

Au cours des années 1870, malgré les découvertes de la préhistoire et la montée en puissance de la théorie de l’évolution de Darwin, l’anthropologie française, structurée autour de Broca, continue d’affirmer ses thèses polygénistes et la fixité des espèces.
La mouvance libre-penseuse et matérialiste qui domine progressivement la Société d’anthropologie de Paris puis l’école d’anthropologie de Paris (créée en 1875) parvient toutefois à concilier polygénisme et transformisme et à fonder le « paradigme évolutionniste racial » dont les travaux de Charles Letourneau (1831-1902) constituent une première tentative d’extension à la sociologie.
Letourneau en arrive à diviser anatomiquement et sociologiquement l’espèce humaine en trois types :
– l’homme nègre, au crâne allongé ou dolichocéphale et au prognathisme marqué ;
– l’homme jaune, mongol ou mongoloïde, qui s’écarte davantage de l’animalité au crâne plus large et plus court, au prognathisme moins accusé ;
– l’homme blanc, enfin, au crâne large brachycéphale qui a gravi encore quelques degrés de plus dans la hiérarchie organique.

Letourneau conclut que « la race blanche, dans toutes ses variétés, est actuellement la moins rétive au progrès ».

René Worms, organisateur des premières institutions de la sociologie, apporte alors son soutien à Letourneau qu’il fait nommer vice-président de l’Institut de sociologie en 1895, puis président de la Société de sociologie. Ce rapprochement est révélateur du projet d’une anthropologie des civilisations à prétention sociologique, l’anthroposociologie, projet auquel Durkheim s’oppose, qualifiant les thèses de Letourneau « d’exemple caricatural d’observation des peuples primitifs conduite sans méthode par des préjugés idéologiques ».
C’est cependant avec la montée de l’antisémitisme et l’affaire Dreyfus, que les durkheimiens, regroupés autour de la revue « l’année sociologique », vont attaquer de front l’anthropologie raciale et vont en découdre avec les promoteurs de l’antisémitisme.

En effet, s’inspirant des thèses d’Ernest Rénan (1823-1892) et de Joseph-Arthur de Gobineau (1816-1882), auteur du scabreux De l’inégalité des races humaines (1853), Drumont, figure de proue de l’antisémitisme avec Maurice Barrès, publie La France juive en 1886 où il fait du couple sémite/aryen la clef d’une explication métahistorique. Il reçoit le soutien de Jules Soury (1842-1915), détenteur de la chaire de psychologie physiologique à l’Ecole Pratique des Hautes études, qui dresse le portrait physiologique de la « race juive » en terme de dégénérescence et d’atavisme. A ceux-ci, il faut encore ajouter Vacher de Lapouge auquel on doit le projet d’une nouvelle science sociale entièrement fondée sur les lois de l’hérédité.
Plus que Durkheim lui-même, c’est le sociologue Célestin Bouglé (1870-1940) qui mène la charge en défendant la réalité historique du métissage, en s’élevant contre la « loi de brachycéphalisation croissante » et l’anthroposociologie. Il s’attache à démontrer, que cette dernière, au même titre que la phrénologie de Gall, postule sans aucun fondement un lien de causalité direct entre une donnée physiologique et une donnée psychosociologique. Il reçoit finalement le soutien de deux anthropologues, Léonce Manouvrier (1850-1927) dernier élève de Broca et Joseph Denniker, un proche de de Quatrefages, qui abandonnent clairement la référence au modèle racialogique.

Marginal en 1897, le rejet de la raciologie deviendra courant dans la communauté sociologique, passé 1901. C’est donc la « découverte du social » qui au tournant du siècle permet « le dépassement des modèles et des métaphores biologiques et raciaux jusqu’alors dominants ».

Les citations sont extraites de La découverte du social : Naissance de la sociologie en France (1870-1914), Laurent Muchielli, 1998, La découverte.

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Édition populaire illustrée, La France juive par Edouard Drumont, affiche illustrée de Jules Chéret, 1886. Source : Gallica.